· Marion Delaunay
Destructeur d’insectes : ce qu’il tue et ce qu’il ne tue pas
La plupart des articles sur le sujet se contentent d’affirmer que ces appareils « ne marchent pas ». C’est trop rapide : ils fonctionnent parfaitement, le bac se remplit. La question est de savoir avec quoi.
L’étude, et pourquoi elle fait référence
Timothy Frick et Douglas Tallamy, du département d’entomologie et d’écologie de la faune de l’université du Delaware, ont publié leurs résultats dans Entomological News en 1996 sous le titre « Density and Diversity of Nontarget Insects Killed by Suburban Electric Insect Traps ». Le protocole est ce qui la rend précieuse : plutôt que de peser les captures, les auteurs ont identifié les insectes par ordre et par famille.
Le résultat porte sur 13 789 insectes, issus de pièges installés en zone résidentielle. Il couvre plus de 104 familles réparties sur 12 ordres.
| Catégorie | Nombre | Part |
|---|---|---|
| Mouches piqueuses (la cible supposée) | 31 | 0,22 % |
| Insectes aquatiques non piqueurs | 6 670 | 48,4 % |
| Prédateurs et parasites (utiles au jardin) | 1 868 | 13,5 % |
| Autres insectes non ciblés | ≈ 5 220 | ≈ 37,9 % |
mouches piqueuses parmi les insectes identifiés dans des pièges électriques de jardin. Les auteurs concluent que ces appareils sont sans valeur pour réduire les mouches piqueuses et estiment que quatre millions d'appareils détruiraient plus de 71 milliards d'insectes non ciblés par an.
— Frick & Tallamy, université du Delaware, Entomological News 107:77-82, 1996
Lire ces chiffres correctement
Presque la moitié des victimes sont des insectes aquatiques : éphémères, trichoptères, chironomes. Ils émergent des points d’eau à la tombée du jour, se dirigent à la lumière, et n’ont aucun appareil buccal capable de percer une peau. Ils constituent par ailleurs la nourriture de base des poissons, des chauves-souris et des oiseaux insectivores.
Le deuxième bloc est plus contrariant encore : 1 868 prédateurs et parasites, soit 13,5 %. Ce sont les insectes qui mangent vos nuisibles ou pondent dedans — parasitoïdes, syrphes, chrysopes. Un piège lumineux qui tourne toute la saison réduit donc la pression naturelle exercée sur les ravageurs de votre jardin.
Les auteurs poussent le calcul à l’échelle du pays : quatre millions d’appareils en service détruiraient plus de 71 milliards d’insectes non ciblés par an, sans effet mesurable sur les populations de moustiques.
Pourquoi les moustiques échappent au piège
Ce n’est pas une question de puissance. Un destructeur exploite la phototaxie, c’est-à-dire l’attirance pour la lumière, un comportement que partagent les mouches, les moucherons, les papillons de nuit et beaucoup d’insectes aquatiques. La femelle moustique en quête de sang ne l’exploite pas : elle suit le dioxyde de carbone expiré, détectable jusqu’à trente-cinq mètres, puis les odeurs corporelles, puis la chaleur.
L’appareil et l’insecte communiquent sur deux canaux différents. C’est pour cette raison que deux études contrôlées de l’université de Notre-Dame ne trouvent aucune différence significative du nombre de moustiques entre les jardins équipés et les autres. Le détail est sur notre page sur l’efficacité réelle.
Dans quels cas un destructeur reste justifié
La conclusion de l’étude vise les appareils laissés en fonctionnement permanent dans un jardin. Ce n’est pas le seul usage possible, et deux situations changent complètement le calcul.
En intérieur, sur une nuisance identifiée. Des sciarides qui sortent du terreau des plantes, des mouches à fruits autour d’une corbeille, des mites dans un placard : ce sont exactement les espèces que la lumière attire, et l’usage est ponctuel, en pièce fermée. Aucun insecte aquatique n’est concerné, aucun prédateur de jardin non plus.
À usage ponctuel plutôt que permanent. Un appareil allumé une soirée, puis éteint, ne produit pas la mortalité cumulée que l’étude mesure sur une saison entière. C’est aussi le cas des modèles rechargeables : on les allume quand on en a besoin.
C’est le cadre dans lequel nous vendons notre lampe, et la raison pour laquelle nous insistons sur son second usage — la veilleuse. Sur les moustiques, nous ne promettons rien : nous préférons vous orienter vers une raquette, qui n’attire rien et ne fait aucune victime collatérale.